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Sundarbans, Bangladesh et Inde, mangrove et zone humide

Bangladesh et Inde · Division de Khulna et Bengale-Occidental

Sundarbans

সুন্দরবন

Écosystème majeurUnique au mondeGrande natureCôtes et îles✦ Incontournable

Là où le Gange, le Brahmapoutre et la Meghna déposent l'Himalaya dans le golfe du Bengale, dix mille kilomètres carrés de forêt salée respirent deux fois par jour au rythme de la marée.

Photo : Tisha Mukherjee · CC BY-SA 4.0

Comprendre ce lieu sans nécessairement y aller.

Les Sundarbans se comprennent mieux par leurs mécanismes que par une croisière. La question qui décide de leur avenir se joue à des centaines de kilomètres en amont, dans le partage de l'eau douce du Gange, et non sur les chenaux eux-mêmes.

Pourquoi ce lieu figure dans la sélection

Une mangrove n'est pas une forêt au bord de l'eau : c'est une forêt qui vit dans l'eau salée, sur un sol privé d'oxygène, et qui doit reconstruire son substrat aussi vite que la mer l'emporte. Les Sundarbans en offrent la version la plus vaste et la plus continue de la planète, adossée au plus grand delta du monde. Le site montre en un seul lieu la chaîne complète qui va de l'érosion d'une chaîne de montagnes à la construction d'un littoral, puis à la protection de ce littoral contre les cyclones. Il apporte à la sélection un mécanisme que rien d'autre ne remplace : la fabrique sédimentaire d'un delta vivant, doublée du seul milieu de mangrove au monde où subsiste une population de grands félins.

Présentation

Le massif forme un triangle de forêt et d'eau d'environ dix mille kilomètres carrés, partagé entre le Bangladesh, qui en détient près des deux tiers, et l'Inde. Aucune route ne le traverse. On y circule par les chenaux, qui se ramifient jusqu'à des veines de quelques mètres de large, et le paysage change deux fois par jour : à marée basse, des bancs de vase luisants hérissés de racines aériennes ; à marée haute, une forêt qui semble flotter.

Le sundri, Heritiera fomes, a donné son nom au massif. C'est une espèce peu tolérante au sel, qui prospérait tant que les crues fluviales diluaient l'eau du golfe. Depuis plusieurs décennies, les forestiers observent un dépérissement par la cime, connu sous le nom de top dying, qui progresse d'ouest en est avec la salinité. L'espèce est classée en danger sur la liste rouge de l'UICN, et sa raréfaction déplace la composition de la forêt vers des essences plus tolérantes au sel.

Les Sundarbans sont le seul milieu de mangrove où le tigre du Bengale se maintienne. Il y nage entre les îles, chasse le cerf axis et le sanglier, et occupe des territoires que la marée redessine sans cesse. Les anciens comptages d'empreintes donnaient des effectifs élevés ; les campagnes de pièges photographiques conduites depuis les années 2010 de part et d'autre de la frontière fournissent des chiffres nettement plus modestes, de l'ordre de la centaine d'individus dans la partie bangladaise.

Plusieurs millions de personnes vivent en lisière. Elles entrent dans la forêt sous permis pour pêcher la crevette et le crabe, récolter au printemps le miel des abeilles géantes, couper le bois de feu et le chaume. Ces prélèvements et les attaques de tigres font partie du quotidien. La question de gestion n'est donc pas celle d'une nature séparée des hommes, mais d'un partage sous contrainte, dans une région parmi les plus densément peuplées du monde.

Surface du massif de mangrove
environ 10 000 km², Bangladesh et Inde
Bien inscrit au Bangladesh
139 500 ha, 1997, critères ix et x
Bien inscrit en Inde
1987, critères ix et x
Charge sédimentaire des trois fleuves
de l'ordre de 1 milliard de tonnes par an
Altitude
quelques mètres au-dessus du niveau de la mer
Marnage
souvent supérieur à 3 m
Plantes recensées, partie bangladaise
334 espèces
Oiseaux
plus de 300 espèces
Barrage de Farakka
en service depuis 1975

Histoire géologique

Il n'y a pas de roche affleurante dans les Sundarbans. Le sol y est entièrement fait de sédiments meubles, et l'histoire géologique du site est celle de leur fabrication puis de leur dépôt.

La matière première vient de l'Himalaya et du plateau tibétain, soulevés par la collision entre l'Inde et l'Asie engagée il y a environ cinquante millions d'années. La mousson y entretient une érosion parmi les plus intenses de la planète. Le Gange, le Brahmapoutre et la Meghna transportent ensemble une charge solide de l'ordre du milliard de tonnes par an, l'une des plus fortes mesurées sur un système fluvial.

Cette charge se dépose dans le golfe du Bengale, où elle construit depuis des dizaines de millions d'années le plus grand cône sous-marin de la planète, épais de plusieurs kilomètres. Le delta émergé que l'on parcourt est bien plus jeune : il s'est mis en place au cours de l'Holocène, après la remontée du niveau marin qui a suivi la dernière glaciation. Il y a environ six mille ans, la mer approche de son niveau actuel et le front deltaïque commence à progresser vers le sud.

Ce bâti sédimentaire n'est pas figé. Le poids de la pile fait fléchir la croûte, la compaction des argiles et des tourbes réduit le volume, et le bassin lui-même s'enfonce : la subsidence atteint plusieurs millimètres par an, localement davantage. Un delta ne se maintient que si l'apport de sédiments compense cet affaissement. C'est un équilibre, pas un acquis.

Les fleuves changent aussi de tracé. Le Gange a migré vers l'est au fil des siècles, délaissant peu à peu ses bras occidentaux, ceux-là mêmes qui irriguent la partie indienne du massif. La mise en service du barrage de Farakka en 1975, sur le Gange en amont du delta, a détourné une part du débit vers le Bhagirathi et l'Hooghly ; combinée à cette migration naturelle, elle a réduit les apports d'eau douce vers la mangrove occidentale et déplacé le gradient de salinité.

Le relief est presque nul, quelques mètres au-dessus du zéro marin. Les seules formes de terrain sont les levées naturelles des chenaux et les bancs sableux du front deltaïque, remaniés à chaque cyclone.

Comment le système fonctionne aujourd'hui

Le système est commandé par trois horloges. La marée, semi-diurne, avec un marnage qui dépasse souvent trois mètres et pousse l'eau salée à plusieurs dizaines de kilomètres à l'intérieur des terres. La mousson, de juin à septembre, qui apporte l'essentiel des pluies et le pic de débit fluvial, donc la dilution saisonnière du sel. Et la saison cyclonique, en deux fenêtres encadrant la mousson, quand la forme en entonnoir du golfe du Bengale amplifie les ondes de tempête.

De ces trois horloges dépend la répartition des espèces végétales, qui s'ordonnent selon la salinité et la durée de submersion plutôt que selon l'altitude. La mangrove modifie en retour son propre milieu : le lacis des racines échasses et des pneumatophores freine le courant, piège les particules fines et accélère l'exhaussement du sol, tandis que la respiration aérienne des racines compense l'anoxie de la vase. C'est cette capacité à accumuler du sédiment qui permet à la forêt de suivre, en partie, la montée du niveau marin.

Le vivant

Trois cent trente-quatre espèces de plantes ont été recensées du côté bangladais, avec une flore ligneuse dominée par Heritiera fomes, Excoecaria agallocha et Ceriops decandra. Le tigre du Bengale est l'espèce emblématique, mais l'intérêt du site tient surtout à la superposition des milieux : forêt inondée, vasières, chenaux saumâtres et front marin. Le crocodile marin, le varan aquatique et le python molure occupent les berges. La tortue fluviale de l'Inde, en danger critique, y conserve l'un de ses derniers refuges. Les eaux abritent le dauphin du Gange et l'orcelle, ainsi qu'une nurserie majeure pour les crevettes et les poissons du golfe. Plus de trois cents espèces d'oiseaux fréquentent le massif, dont neuf martins-pêcheurs. Le chat pêcheur, discret et menacé, y trouve l'un de ses bastions.

EspèceNom scientifiqueListe rouge
Tigre du BengalePanthera tigris tigrisEN
SundriHeritiera fomesEN
Crocodile marinCrocodylus porosusLC
Tortue fluviale de l'IndeBatagur baskaCR
Dauphin du GangePlatanista gangeticaEN
Chat pêcheurPrionailurus viverrinusVU

Peu d'endémiques strictes, mais des populations uniques par leur écologie, à commencer par le tigre de mangrove et la faune des vasières deltaïques.

Saisons

janfévmaravrmaijuijuiaoûsepoctnovdéc

La saison fraîche et sèche, de novembre à février, offre les conditions de navigation les plus sûres. La mousson rend les chenaux dangereux et la saison chaude porte la salinité à son maximum.

juin, juillet, août, septembreMousson du sud-ouest, pic de débit fluvial et dilution du sel
avril, mai, octobre, novembreFenêtres cycloniques avant et après la mousson Sidr en novembre 2007, Aila en mai 2009, Amphan en mai 2020.
avril, maiRécolte du miel des abeilles géantes, sous permis
février, mars, avrilSaison sèche, salinité maximale dans les chenaux occidentaux

Conservation et fragilité

Le massif reste vaste et continu, ce qui constitue son principal atout, mais toutes les tendances de fond jouent contre lui. La salinité augmente sous l'effet conjoint de la réduction des apports d'eau douce et de la montée du niveau marin, ce qui affaiblit le sundri et modifie la composition forestière. La pression humaine sur les ressources est forte, les conflits entre hommes et tigres sont fréquents, et le développement industriel et portuaire en amont de la frange nord fait l'objet d'inquiétudes répétées des organismes consultatifs du patrimoine mondial. Les cyclones, plus intenses, ajoutent une perturbation régulière à un système déjà contraint.

critiqueRéchauffement climatique Élévation relative du niveau marin, salinisation, intensification des cyclones.
eleveBarrages et détournements hydrauliques Réduction des apports d'eau douce liée au barrage de Farakka et aux prélèvements en amont.
eleveBraconnage et trafic d'espèces Pression sur le tigre et sur le cerf axis, sa proie principale.
elevePollution Trafic fluvial, déversements accidentels et activités industrielles en lisière nord.
eleveSurpêche et pêche illégale Pêche à la civelle et collecte de post-larves très destructrices pour les juvéniles.
modereDéforestation Prélèvements de bois et conversion des marges en bassins d'aquaculture.

La Terre en mouvement

Le trait de côte avance par endroits et recule ailleurs, mais le bilan des îles méridionales est négatif depuis plusieurs décennies. La montée du niveau marin se combine à la subsidence pour produire une élévation relative supérieure à la moyenne mondiale, et la salinité progresse vers l'intérieur. Les cyclones majeurs, Sidr en novembre 2007, Aila en mai 2009, Amphan en mai 2020, ont chacun couché des surfaces de forêt, rompu des digues et salinisé des rizières pour plusieurs années. La forêt se reconstitue, mais la fréquence des événements réduit le temps disponible entre deux perturbations. À l'échelle d'une vie humaine, ce sont les villages de lisière qui bougent en premier.

Règles essentielles

  • Ne jamais débarquer hors des pontons autorisés ni s'écarter du groupe accompagné.
  • Ne pas diffuser de localisations précises d'observation de tigres ou de sites de ponte de tortues.
  • Respecter les zones cœur fermées à toute activité, y compris à la pêche.
  • Ne pas acheter de miel, de bois ou de produits de la mangrove hors des filières sous permis.
  • Aucun rejet d'eaux usées ni de déchets depuis les bateaux dans les chenaux.

Cette fiche n'indique volontairement aucun itinéraire d'accès détaillé.

Sources

  1. The Sundarbans · UNESCO, Centre du patrimoine mondial · consulté le 2026-08-22
  2. Parc national des Sundarbans · UNESCO, Centre du patrimoine mondial · consulté le 2026-08-22
  3. The Sundarbans, World Heritage Datasheet · UNEP-WCMC · consulté le 2026-08-22
  4. Sundarban Wildlife Sanctuaries Bangladesh, évaluation de l'organisation consultative · UICN pour l'UNESCO · consulté le 2026-08-22
  5. Sundarbans · Wikipédia en anglais · consulté le 2026-08-22

Dernière vérification : 2026-08-22. Statut éditorial : fact_checked.