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Vatnajökull et Jökulsárlón, Islande, glacier et inlandsis

Islande · Austurland et Suðurland

Vatnajökull et Jökulsárlón

Vatnajökulsþjóðgarður · Jökulsárlón

ExceptionnelGéologie remarquableGrande natureUnique au mondeMondes de glace✦ Incontournable

Une calotte de glace de près de huit mille kilomètres carrés posée sur des volcans en activité, et à son pied une lagune née il y a moins d'un siècle, remplie des icebergs que le glacier abandonne en reculant.

Photo : Rémih · CC BY-SA 4.0

Pourquoi ce lieu figure dans la sélection

Il n'existe pas d'autre endroit sur la planète où une calotte glaciaire recouvre directement une dorsale océanique émergée et un point chaud actif. Le contact entre ces deux systèmes produit un phénomène que l'on ne peut observer qu'ici à cette échelle : le jökulhlaup, vidange brutale d'un lac sous-glaciaire chauffé par une éruption, capable de libérer en quelques jours des débits comparables à ceux des plus grands fleuves du monde. Le site apporte aussi à la sélection une leçon de temps court : la lagune de Jökulsárlón n'existait pas avant les années 1930, elle est entièrement le produit du recul d'un glacier observé et mesuré. L'inscription de 2019 au titre du seul critère viii, celui des processus géologiques, dit exactement ce qui est en jeu.

Présentation

Le Vatnajökull couvre environ 7 800 km², soit à peu près huit pour cent de la surface de l'Islande, et son épaisseur atteint par endroits neuf cents mètres. C'est la calotte la plus volumineuse d'Europe, et le cœur d'un parc national qui s'étend sur près de 14 800 km², un septième du pays.

Sous la glace se cachent dix volcans centraux, dont huit sont entièrement sous-glaciaires. Deux d'entre eux comptent parmi les plus actifs d'Islande : le Grímsvötn, dont le lac de caldeira est en permanence maintenu liquide par la chaleur du sol, et le Bárðarbunga, dont la fissure de Holuhraun a produit en 2014 et 2015 la plus grande coulée de lave islandaise depuis l'éruption du Laki en 1783.

Des langues glaciaires descendent dans toutes les directions. Vers le sud, le Breiðamerkurjökull s'avance jusqu'à la plaine côtière. Il y a un siècle, son front touchait presque la mer. Son retrait a ouvert une dépression que la glace avait surcreusée sous le niveau marin, et cette cuvette s'est remplie : c'est Jökulsárlón, apparu dans les années 1930 et devenu depuis le lac le plus profond d'Islande, à environ 248 mètres.

La lagune communique aujourd'hui avec l'océan par un chenal court, si bien que la marée y entre et que des phoques y chassent parmi les icebergs. Les blocs de glace qui franchissent le goulet sont rejetés par la houle sur la plage de sable noir voisine, où ils fondent en morceaux polis.

Ailleurs dans le parc, le même dialogue entre feu et glace a laissé d'autres traces : la plaine de sandur du Skeiðarársandur, bâtie entièrement par les crues glaciaires, le canyon du Jökulsárgljúfur creusé par des vidanges catastrophiques, la caldeira d'Askja et les cratères du Laki.

Bien inscrit au patrimoine mondial
1 482 000 ha, soit 14 820 km²
Surface de la calotte
environ 7 800 km²
Épaisseur maximale de la glace
environ 900 m
Volcans centraux sous le parc
10, dont 8 sous-glaciaires
Point culminant
2 110 m, Hvannadalshnúkur
Profondeur de Jökulsárlón
environ 248 m, le plus profond lac d'Islande
Naissance de la lagune
années 1930
Inscription UNESCO
2019, critère viii

Histoire géologique

L'Islande se trouve à l'intersection de deux anomalies : la dorsale médio-atlantique, où les plaques nord-américaine et eurasienne s'écartent d'environ deux centimètres par an, et un panache mantellique dont l'axe se situe précisément sous le nord-ouest du Vatnajökull. Cette conjonction produit un flux magmatique suffisant pour construire une île au-dessus du niveau de la mer là où il n'y aurait ailleurs qu'une ride sous-marine. Les roches du parc sont des basaltes tholéiitiques et des hyaloclastites, ces dernières formées lorsque le magma entre en contact avec la glace ou l'eau et se fragmente en verre volcanique.

La calotte actuelle n'est pas un héritage de la dernière glaciation. Elle s'est reformée au cours du Petit Âge glaciaire, entre le quatorzième et le dix-neuvième siècle, atteignant son extension maximale vers 1890. Auparavant, la région du Breiðamerkursandur portait des fermes et des pâturages, abandonnés au fur et à mesure que la glace avançait.

Le Breiðamerkurjökull, comme beaucoup de langues émissaires, a surcreusé son lit bien en dessous du niveau de la mer, jusqu'à plus de trois cents mètres de profondeur par endroits. Tant que la glace occupait cette auge, rien ne se voyait. Dès qu'elle s'est retirée, l'eau a pris la place : c'est le mécanisme exact de formation de Jökulsárlón et de plusieurs autres lagunes proglaciaires apparues depuis, sur la même marge.

Le troisième processus est le jökulhlaup. Sous la calotte, la chaleur géothermique fait fondre la glace en continu et alimente des lacs sous-glaciaires, dont celui du Grímsvötn. Quand la pression de l'eau dépasse celle exercée par la glace sus-jacente, le lac se vidange en quelques jours. L'éruption du Gjálp en 1996 a ainsi produit une crue dont le débit de pointe a été estimé à plusieurs dizaines de milliers de mètres cubes par seconde, emportant les ponts de la route circulaire sur le Skeiðarársandur. Ces crues répétées ont construit la plus vaste plaine d'épandage glaciaire active de la planète.

Comment le système fonctionne aujourd'hui

Le système fonctionne à trois horloges différentes. La plus lente est le bilan de masse de la calotte : les précipitations très abondantes du versant sud alimentent l'accumulation, la fonte estivale et le vêlage l'entament, et depuis les années 1990 le solde est nettement négatif. La deuxième est celle du remplissage des lacs sous-glaciaires, qui suit un cycle de quelques années entre deux vidanges. La troisième est immédiate : à Jökulsárlón, la marée pénètre deux fois par jour dans la lagune par un chenal étroit, elle inverse le sens du courant, décolle les icebergs échoués et fait entrer des poissons de mer, donc des phoques et des oiseaux. Le retrait du front continue d'agrandir le plan d'eau, ce qui accélère à son tour le vêlage : plus la lagune est vaste et profonde, plus l'eau attaque efficacement la falaise de glace. Les cendres déposées par les éruptions assombrissent enfin la surface du glacier et augmentent l'énergie qu'il absorbe.

Le vivant

Le vivant occupe ici les marges. Sur les nunataks et les sandurs récemment libérés, la colonisation s'observe pas à pas : lichens et mousses d'abord, puis la silène acaule et la saule arctique. Les eaux souterraines de la région abritent une faune de crustacés relictuels, notamment des amphipodes qui ont survécu aux glaciations dans des refuges sous-glaciaires, argument important dans le dossier d'inscription. La lagune de Jökulsárlón accueille des phoques veaux marins qui y mettent bas et s'y reposent sur les glaces flottantes, ainsi que des sternes arctiques et des labbes. Le grand labbe niche en nombre sur le Skeiðarársandur, où le bouleau nain a par ailleurs entrepris de recoloniser spontanément la plaine depuis que les crues ont cessé d'y passer. Le renard polaire, seul mammifère terrestre présent avant l'arrivée humaine, parcourt l'ensemble du domaine.

EspèceNom scientifiqueListe rouge
Phoque veau marinPhoca vitulinaLC
Renard polaireVulpes lagopusLC
Sterne arctiqueSterna paradisaeaLC
Grand labbeStercorarius skuaLC
Silène acauleSilene acaulis

Peu d'endémisme apparent en surface, mais la faune souterraine des eaux froides comprend des crustacés relictuels considérés comme ayant survécu sur place aux glaciations.

Saisons

janfévmaravrmaijuijuiaoûsepoctnovdéc

La lagune est accessible toute l'année depuis la route circulaire. Le haut plateau et l'intérieur du parc ne s'ouvrent que quelques semaines en été.

juin, juillet, aoûtFonte estivale, vêlage maximal dans la lagune La densité d'icebergs varie fortement selon les vents et la marée.
juillet, aoûtAccès aux pistes du haut plateau et à Askja Ouverture tardive et fermeture précoce selon l'enneigement.
novembre, décembre, janvier, février, marsGrottes de glace accessibles sous encadrement Cavités instables, formées et détruites chaque année.
septembre, octobre, novembre, décembre, janvier, février, marsAurores boréales

Conservation et fragilité

La protection réglementaire est solide et la gestion du parc dispose d'une longue expérience et d'un suivi scientifique continu. La menace n'est pas locale mais globale : la calotte perd de la masse année après année et rien dans la gestion du site ne peut inverser cette tendance. À l'échelle locale, la fréquentation s'est concentrée sur quelques points d'accès faciles depuis la route circulaire, en particulier Jökulsárlón et Skaftafell, avec les effets attendus sur les sols, le stationnement et la sécurité. Les terrains riverains de la lagune ont été acquis par l'État islandais en 2017 puis rattachés au parc, ce qui a clarifié la gestion.

critiqueRéchauffement climatique Bilan de masse négatif continu depuis les années 1990.
critiqueRecul glaciaire Recul des langues émissaires de plusieurs dizaines de mètres par an.
elevePression touristique Concentration extrême sur les sites accessibles depuis la route circulaire.
modereUrbanisation et infrastructures Pression pour de nouvelles infrastructures d'accueil et de stationnement.
La lagune est le lieu le plus fréquenté du parc et le moins représentatif de ce qu'il contient. Skaftafell, le Skeiðarársandur et, pour qui en a les moyens, l'intérieur du plateau, montrent le mécanisme entier plutôt que sa vitrine.

La Terre en mouvement

Le Vatnajökull perd de la masse chaque année et son volume a diminué de plusieurs pour cent depuis 1995. Les langues émissaires du sud reculent de dizaines de mètres par an, et de nouvelles lagunes se forment dans leur sillage. Jökulsárlón, apparu vers 1935, dépasse aujourd'hui vingt-cinq kilomètres carrés et continue de s'étendre vers l'amont. Un effet moins attendu accompagne cette fonte : l'allègement de la charge glaciaire fait remonter la croûte de plusieurs millimètres par an, ce qui diminue la pression sur le manteau sous-jacent et pourrait, à terme, accroître la production de magma. Le feu et la glace ne se contentent pas ici de coexister, ils se répondent.

Règles essentielles

  • Ne jamais monter sur les icebergs ni sur la glace flottante de la lagune, ils se retournent sans avertissement.
  • Ne pas s'engager sur une langue glaciaire sans guide, équipement et itinéraire reconnu le jour même.
  • Rester sur les pistes balisées dans les zones de sandur et de mousse, les tapis de mousse mettent des décennies à se reconstituer.
  • Respecter les fermetures liées aux alertes volcaniques et aux crues émises par les autorités islandaises.
  • Ne pas approcher les phoques en repos sur les glaces ni les colonies de labbes en période de nidification.

Sources

  1. Parc national du Vatnajökull, la nature dynamique du feu et de la glace · UNESCO · consulté le 2026-08-22
  2. Vatnajökull National Park, présentation et gestion · Vatnajökulsþjóðgarður · consulté le 2026-08-22
  3. Grímsvötn · Global Volcanism Program, Smithsonian Institution · consulté le 2026-08-22
  4. Bárðarbunga · Global Volcanism Program, Smithsonian Institution · consulté le 2026-08-22
  5. Catalogue des volcans islandais · Icelandic Volcanoes, Veðurstofa Íslands et Université d'Islande · consulté le 2026-08-22

Dernière vérification : 2026-08-22. Statut éditorial : fact_checked.