
Islande · Suðurland, hautes terres du sud
Landmannalaugar et Fjallabak
Landmannalaugar · Torfajökull
Un massif de rhyolite jaune, ocre et rose au milieu d'une île faite de basalte noir, où des coulées d'obsidienne encore aiguës bordent des sources chaudes fumantes.
Photo : Unsplash · CC0 1.0
Pourquoi ce lieu figure dans la sélection
La rhyolite est une roche de croûte continentale : elle ne devrait pratiquement pas exister au milieu de l'Atlantique, où le magma normal produit du basalte. Le Torfajökull en concentre pourtant le plus grand volume d'Islande, et cette anomalie chimique se lit directement dans le paysage, puisque c'est elle qui donne aux montagnes leurs couleurs claires. Le site montre en outre, sur quelques kilomètres carrés, l'ensemble de la chaîne qui va du magma acide à la couleur : mise en place de dômes, altération hydrothermale des roches, oxydation du fer, formation d'argiles. Enfin, l'éruption de 1477 y a laissé côte à côte une coulée d'obsidienne et une fissure basaltique, deux produits opposés du même événement. La sélection y gagne un contre-exemple pédagogique au volcanisme océanique ordinaire.
Présentation
Landmannalaugar occupe une cuvette à environ six cents mètres d'altitude, au cœur de la réserve naturelle du Fjallabak créée en 1979 sur quelque 470 km² de hautes terres. On y accède par des pistes non revêtues qui franchissent des gués, et seulement pendant les quelques semaines où la neige a disparu.
Le lieu doit son nom à ses bains : une source chaude sourd au pied d'une coulée de lave et se mêle à un ruisseau froid, produisant un cours d'eau tiède où les éleveurs se lavaient après les rassemblements de moutons. Cette baignade a fait la réputation du site bien avant le tourisme.
Ce qui frappe d'abord est la couleur. Les versants passent du jaune soufre au rouge brique, du vert olive au gris bleuté, parfois sur quelques mètres. Le Brennisteinsalda, la vague de soufre, en offre la démonstration la plus complète, tandis que le Bláhnúkur, le pic bleu, présente un flanc sombre presque uniforme. Ces teintes ne sont pas des minéraux exotiques : ce sont des états d'altération différents d'une même roche claire.
Au bord du campement s'étale le Laugahraun, coulée de lave noire hérissée de blocs vitreux. L'obsidienne y affleure en masses luisantes, à arêtes coupantes. Cette coulée est datée de 1477, ce qui la rend récente à l'échelle du paysage et explique qu'aucune végétation ne l'ait encore colonisée.
Au nord et à l'est, le domaine change de registre : les champs de cratères et les lacs du Veiðivötn s'alignent sur des dizaines de kilomètres, en fissures basaltiques rectilignes. C'est un autre système volcanique qui s'exprime là, et sa rencontre avec le Torfajökull constitue l'un des dossiers les mieux documentés de la volcanologie islandaise. Le sentier du Laugavegur part de Landmannalaugar et traverse cette mosaïque vers le sud, jusqu'à Þórsmörk.
- Réserve naturelle du Fjallabak
- environ 470 km², créée en 1979
- Caldeira du Torfajökull
- environ 12 km sur 18 km
- Champ géothermique
- le plus étendu d'Islande
- Dernière éruption
- 1477, laves de Laugahraun et de Námshraun
- Altitude du site des bains
- environ 600 m
- Brennisteinsalda
- 855 m
- Sentier du Laugavegur
- environ 55 km jusqu'à Þórsmörk
Histoire géologique
Le Torfajökull est un système volcanique central doté d'une caldeira d'environ douze kilomètres sur dix-huit, située à la terminaison sud de la zone volcanique orientale, dans un secteur où le rift saute latéralement et où la croûte est particulièrement chaude et fracturée. Il contient le plus grand volume de roches acides d'Islande, de l'ordre de plusieurs centaines de kilomètres carrés d'affleurements rhyolitiques.
Cette abondance de rhyolite en contexte océanique s'explique par deux mécanismes qui se combinent. Le premier est la fusion partielle d'une croûte basaltique ancienne, préalablement hydratée par la circulation hydrothermale : chauffée par des intrusions basaltiques répétées, cette croûte humide fond à température plus basse et donne un liquide riche en silice. Le second est la cristallisation fractionnée d'un magma basaltique dans des réservoirs peu profonds et longuement stationnés. La croûte islandaise, épaisse de vingt à quarante kilomètres à cause du panache, offre le volume et le temps nécessaires à ces deux processus.
Une grande partie du massif a été mise en place sous une calotte de glace pendant les glaciations, ce qui a produit des dômes et des crêtes de rhyolite confinée, refroidie brutalement et fortement fracturée, plutôt que des coulées étalées. Le Bláhnúkur en est un exemple typique.
Les couleurs viennent ensuite. Les fluides géothermiques, acides et chargés en soufre, traversent la rhyolite et la décomposent : les feldspaths se transforment en argiles claires, kaolinite et smectite, le fer libéré s'oxyde en oxydes et hydroxydes de teintes jaunes, ocres et rouges, et le soufre natif se dépose autour des fumerolles. Chaque nuance correspond donc à un degré et à un type d'altération, lisibles comme une carte des circulations souterraines.
L'épisode de 1477 clôt provisoirement l'histoire. Une intrusion basaltique issue du système du Bárðarbunga a percé la région selon la fissure du Veiðivötn, produisant des explosions phréatomagmatiques et des cratères en chapelet, et paraît avoir déclenché en même temps l'émission des laves rhyolitiques du Laugahraun et du Námshraun, dont le refroidissement rapide a donné l'obsidienne.
Comment le système fonctionne aujourd'hui
Le champ géothermique du Torfajökull est le plus étendu d'Islande. La chaleur résiduelle du système magmatique entretient une circulation permanente d'eau météorique qui s'infiltre dans les fractures, se charge en silice et en soufre, et remonte sous forme de sources chaudes, de mares de boue et de fumerolles. Les températures de surface varient de quelques dizaines de degrés dans le ruisseau de baignade à plus de cent degrés dans les évents. Le rythme annuel est brutal : la neige couvre le massif d'octobre à juin, les pistes restent fermées, et les gués deviennent infranchissables lors de la fonte. La saison ouverte tient parfois en huit ou dix semaines. Les précipitations et la fonte alimentent des torrents qui déplacent en permanence les sédiments clairs issus de l'altération, ce qui modifie le tracé des lits et fait varier la couleur des cours d'eau au fil de l'été.
Le vivant
La vie y est discrète et déterminée par le sol. Sur les rhyolites altérées et les laves récentes, les mousses et les lichens dominent, en particulier la mousse volcanique Racomitrium lanuginosum qui forme des tapis gris épais et extrêmement lents à se reconstituer. Autour des sources chaudes se développent des communautés microbiennes thermophiles, tapis colorés de bactéries et d'archées qui supportent des eaux acides à plus de soixante degrés, et quelques plantes profitent de la chaleur du sol pour prolonger leur saison. La flore vasculaire reste réduite à des espèces pionnières de haute terre : saule herbacé, silène acaule, oseille alpine. Les oiseaux se limitent pour l'essentiel au pluvier doré, au traquet motteux et au grand labbe de passage. Le renard polaire fréquente le secteur, et les moutons d'estive y sont encore conduits avant le rassemblement de septembre.
| Espèce | Nom scientifique | Liste rouge |
|---|---|---|
| Mousse volcanique | Racomitrium lanuginosum | — |
| Silène acaule | Silene acaulis | — |
| Pluvier doré | Pluvialis apricaria | LC |
| Renard polaire | Vulpes lagopus | LC |
| Communautés microbiennes thermophiles | — | — |
Flore et faune postglaciaires très récentes, mais les milieux géothermiques abritent des lignées microbiennes localement différenciées et encore mal inventoriées.
Saisons
La fenêtre utile se limite le plus souvent à juillet, août et le début septembre. Hors de cette période, la région est enneigée et les pistes fermées.
| juin, juillet | Ouverture des pistes de haute terre et des gués Date variable chaque année selon la fonte, décidée par l'administration des routes. |
|---|---|
| juin, juillet | Fonte des névés, torrents en crue |
| juillet, août, septembre | Refuges gardés et sentier du Laugavegur praticable |
| septembre, octobre | Premières neiges et fermeture progressive |
Conservation et fragilité
La réserve bénéficie d'un statut ancien et d'un accès naturellement limité par la neige, ce qui a longtemps suffi à la protéger. La croissance du tourisme islandais depuis les années 2010 a changé l'équilibre : le site est devenu la porte d'entrée d'un des sentiers de randonnée les plus fréquentés d'Europe du Nord, avec un afflux concentré sur huit à dix semaines. Les sols d'argile issue de l'altération hydrothermale sont parmi les plus vulnérables au piétinement que l'on connaisse, et les tapis de mousse ne se reconstituent pas à l'échelle d'une vie humaine. La question récurrente de la construction d'une route revêtue ou d'infrastructures permanentes dans les hautes terres reste ouverte, de même que celle des projets hydroélectriques et géothermiques en périphérie.
La Terre en mouvement
Le Torfajökull n'a pas connu d'éruption depuis 1477, mais il reste surveillé : la sismicité y est régulière et la déformation du sol est mesurée en continu, car un système de cette taille ne peut être considéré comme éteint. Le changement le plus visible est ailleurs. La petite calotte qui coiffe le massif se réduit d'année en année, et l'accès s'est allongé de plusieurs semaines par saison en une génération. La fréquentation a suivi : le nombre de marcheurs sur le Laugavegur a été multiplié, ce qui a imposé un balisage strict, des passerelles et l'interdiction du hors-piste sur les versants d'argile où une trace nouvelle devient une ravine en une saison.
Règles essentielles
- Camper uniquement sur les aires prévues, le bivouac libre est interdit dans la réserve.
- Ne jamais quitter les sentiers balisés sur les versants d'argile altérée, une trace y devient une ravine en une saison.
- Ne pas marcher sur les croûtes claires autour des fumerolles, elles recouvrent des sols à plus de cent degrés.
- Ne prélever ni obsidienne, ni soufre, ni fragment de roche colorée.
- Franchir les gués uniquement avec un véhicule adapté, après repérage, et jamais en solitaire lors de la fonte.
- Se laver sans savon ni produit dans la source chaude, l'eau rejoint directement le ruisseau.
Sources
- Torfajökull, fiche du volcan · Global Volcanism Program, Smithsonian Institution · consulté le 2026-08-22
- Torfajökull, catalogue des volcans islandais · Icelandic Volcanoes, Veðurstofa Íslands et Université d'Islande · consulté le 2026-08-22
- Fjallabak Nature Reserve · Visit South Iceland · consulté le 2026-08-22
- Subglacial rhyolite volcanism at Torfajökull, Iceland · Open Research Online, Open University · consulté le 2026-08-22
Dernière vérification : 2026-08-22. Statut éditorial : fact_checked.