100Joyaux naturelsde la Terre
Lençóis Maranhenses, Brésil, dune et lac

Brésil · État du Maranhão

Lençóis Maranhenses

Lençóis Maranhenses

Unique au mondeGéologie remarquableÉcosystème majeurDéserts

Sur la côte équatoriale du Maranhão, un immense champ de dunes blanches se remplit chaque année de milliers de lagunes d'eau douce, puis les laisse se contracter sous le soleil et le vent.

Photo : Original: Julio Cesar Goncalves Corrêa Derivative work: Aristeas · CC BY-SA 4.0

Pourquoi ce lieu figure dans la sélection

Lençóis Maranhenses déjoue l'image ordinaire du désert. Ses dunes mobiles reçoivent assez de pluie pour que la nappe remonte dans les creux interdunaires, sans qu'un réseau de rivières permanentes traverse le champ sableux. La rencontre entre transport côtier, vent, pluie saisonnière et eaux souterraines fabrique un paysage à deux visages. Le classement UNESCO de 2024 reconnaît à la fois son spectacle et la valeur géologique d'un système dunaire côtier encore très actif.

Présentation

Depuis le ciel, les cordons de dunes dessinent des draps froissés parallèles à la côte. Les crêtes pâles peuvent dépasser trente mètres vers l'intérieur. Entre elles, des cuvettes allongées deviennent bleues, vertes ou brunes lorsque les pluies rechargent la nappe peu profonde.

L'eau n'arrive pas d'une mer cachée. Elle provient des pluies, s'infiltre rapidement dans le sable puis rencontre un niveau phréatique qui remonte jusqu'au fond des dépressions. Certaines lagunes persistent, beaucoup disparaissent en saison sèche. Les cristaux et microorganismes, les variations de profondeur et le fond sableux modifient leurs couleurs.

Aux marges, le décor change sans frontière nette. Restingas, mangroves, cours d'eau et plages relient les dunes à l'Amazonie, au Cerrado et à la Caatinga. Ce carrefour explique une biodiversité plus riche que ne le laisse croire la mer de sable.

Superficie inscrite à l'UNESCO
156 562 ha
Champ de dunes
environ 90 000 ha
Longueur de côte
environ 80 km
Hauteur maximale des dunes intérieures
environ 30 m
Cladocères recensés dans les mares temporaires
34 espèces

Histoire géologique

Le sable provient en grande partie des sédiments transportés vers l'Atlantique, notamment par le bassin du Parnaíba. Les courants littoraux les redistribuent le long de la côte. À marée basse, les plages et plaines interdunaires exposées deviennent des sources que les alizés poussent vers l'ouest et l'intérieur.

Le vent organise ensuite les grains en dunes surtout barchanoïdes. Près du rivage, elles peuvent ne mesurer qu'un mètre; plus loin, certaines atteignent environ trente mètres. Elles migrent, fusionnent et se séparent, tandis que des plaines de déflation récupèrent le sable enlevé. Les dunes mobiles actuelles existent depuis au moins quelques millénaires, mais leur histoire s'inscrit dans les variations du niveau marin et du plateau continental au Quaternaire.

Pendant la saison des pluies, l'infiltration recharge la nappe. Lorsque son niveau dépasse le fond d'une dépression, une lagune apparaît. L'évaporation et l'écoulement souterrain la font ensuite baisser. Le paradoxe est donc seulement visuel : ce n'est pas un désert climatique classique, mais un système dunaire très perméable soumis à une forte saisonnalité.

Comment le système fonctionne aujourd'hui

Chaque dune avance sous l'effet du vent, tandis que chaque lagune suit la courbe des pluies, de la nappe et de l'évaporation. Une crête peut ensevelir de la végétation ou fermer une cuvette; ailleurs, le sable dégagé nourrit une nouvelle dune. Les lagunes temporaires ne sont pas biologiquement vides après leur assèchement : les sédiments peuvent conserver des oeufs dormants de petits crustacés qui éclosent au retour de l'eau.

Le vivant

Les inventaires de mares temporaires ont identifié au moins trente-quatre espèces de cladocères. Poissons, insectes aquatiques et oiseaux utilisent les lagunes, mais l'histoire populaire de poissons qui hiberneraient simplement sous le sable généralise à tort des stratégies très différentes. Certaines populations persistent dans des eaux permanentes ou recolonisent les secteurs reconnectés. Restinga et mangroves abritent aussi ibis rouge, loutre néotropicale, petits félins et lamantin des Antilles.

EspèceNom scientifiqueListe rouge
Lamantin des AntillesTrichechus manatusVU
Loutre néotropicaleLontra longicaudisNT
OncilleLeopardus tigrinusVU
Ibis rougeEudocimus ruberLC

La mosaïque entre Amazonie, Cerrado, Caatinga et milieu marin combine espèces de plusieurs biomes; les communautés des mares temporaires sont spécialisées dans un cycle hydrologique extrême.

Saisons

janfévmaravrmaijuijuiaoûsepoctnovdéc

Le niveau varie fortement selon les pluies de l'année. Les images de lagunes pleines ne décrivent pas la totalité du parc en toute saison.

janvier, février, mars, avril, mai, juinRemplissage des lagunes par les pluies
juin, juillet, août, septembreLagunes généralement les plus pleines
juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembreContraction et assèchement de nombreuses lagunes

Conservation et fragilité

Le système dunaire reste vaste et actif, mais ses points d'accès, restingas, mangroves et lagunes les plus fréquentées concentrent les pressions.

elevePression touristique Véhicules hors piste, piétinement, bruit et déchets se concentrent autour des lagunes accessibles.
eleveRéchauffement climatique Un changement de saisonnalité des pluies modifierait recharge de la nappe, durée des lagunes et mobilité du sable.
modereUrbanisation et infrastructures Routes, hébergements et extension des localités fragmentent surtout les marges.
moderePollution Carburants, eaux usées et plastiques atteignent des eaux temporaires sans forte capacité de dilution.
modereEspèces invasives Espèces introduites peuvent modifier les communautés isolées des lagunes et de la restinga.
Le paysage dépend de cycles invisibles sous le sable. Le découvrir demande de limiter véhicules, produits et déchets, et de reconnaître le rôle des communautés qui habitent ses marges.

La Terre en mouvement

La reconnaissance mondiale augmente la pression touristique sur un sol où les traces et déchets peuvent persister. Véhicules hors des passages autorisés, constructions périphériques, pollution et espèces introduites fragilisent les marges. Le changement climatique peut déplacer le calendrier des pluies et l'équilibre entre recharge et évaporation. La conservation doit aussi intégrer les communautés traditionnelles qui vivent et circulent depuis longtemps dans ce paysage saisonnier.

Règles essentielles

  • Utiliser uniquement les passages et véhicules autorisés.
  • Ne pas entrer dans les zones de nidification ou de restauration.
  • Ne laisser aucun déchet, savon ou produit solaire dans les lagunes.
  • Respecter les communautés traditionnelles et les accès décidés localement.
  • Éviter bruit, drones et prélèvements de sable, plantes ou animaux.

Sources

  1. Lençóis Maranhenses National Park · UNESCO World Heritage Centre · consulté le 2026-08-23
  2. Decision 46 COM 8B.11 · UNESCO World Heritage Centre · consulté le 2026-08-23
  3. Parque Nacional dos Lençóis Maranhenses · ICMBio · consulté le 2026-08-23
  4. A numerical model for the Lençóis Maranhenses dune field · Scientific Reports · consulté le 2026-08-23
  5. Cladocera from temporary pools of Lençóis Maranhenses · Brazilian Journal of Biology · consulté le 2026-08-23
  6. Water table dynamics in the Lençóis Maranhenses · arXiv · consulté le 2026-08-23

Dernière vérification : 2026-08-23. Statut éditorial : fact_checked.